Livre de Job (8 / 9)



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Chapitre 36

 

1


Élihu continua et dit :


2
Attends un peu, et je vais poursuivre, Car j'ai des paroles encore pour la cause de Dieu.
3
Je prendrai mes raisons de haut, Et je prouverai la justice de mon créateur.
4
Sois-en sûr, mes discours ne sont pas des mensonges, Mes sentiments devant toi sont sincères.
5
Dieu est puissant, mais il ne rejette personne ; Il est puissant par la force de son intelligence.
6
Il ne laisse pas vivre le méchant, Et il fait droit aux malheureux.
7
Il ne détourne pas les yeux de dessus les justes, Il les place sur le trône avec les rois, Il les y fait asseoir pour toujours, afin qu'ils soient élevés.
8
Viennent-ils à tomber dans les chaînes, Sont-ils pris dans les liens de l'adversité,
9
Il leur dénonce leurs oeuvres, Leurs transgressions, leur orgueil ;
10
Il les avertit pour leur instruction, Il les exhorte à se détourner de l'iniquité.
11
S'ils écoutent et se soumettent, Ils achèvent leurs jours dans le bonheur, Leurs années dans la joie.
12
S'ils n'écoutent pas, ils périssent par le glaive, Ils expirent dans leur aveuglement.
13
Les impies se livrent à la colère, Ils ne crient pas à Dieu quand il les enchaîne ;
14
Ils perdent la vie dans leur jeunesse, Ils meurent comme les débauchés.
15
Mais Dieu sauve le malheureux dans sa misère, Et c'est par la souffrance qu'il l'avertit.
16
Il te retirera aussi de la détresse, Pour te mettre au large, en pleine liberté, Et ta table sera chargée de mets succulents.
17
Mais si tu défends ta cause comme un impie, Le châtiment est inséparable de ta cause.
18
Que l'irritation ne t'entraîne pas à la moquerie, Et que la grandeur de la rançon ne te fasse pas dévier !
19
Tes cris suffiraient-ils pour te sortir d'angoisse, Et même toutes les forces que tu pourrais déployer ?
20
Ne soupire pas après la nuit, Qui enlève les peuples de leur place.
21
Garde-toi de te livrer au mal, Car la souffrance t'y dispose.
22
Dieu est grand par sa puissance ; Qui saurait enseigner comme lui ?
23
Qui lui prescrit ses voies ? Qui ose dire : Tu fais mal ?
24
Souviens-toi d'exalter ses oeuvres, Que célèbrent tous les hommes.
25
Tout homme les contemple, Chacun les voit de loin.
26
Dieu est grand, mais sa grandeur nous échappe, Le nombre de ses années est impénétrable.
27
Il attire à lui les gouttes d'eau, Il les réduit en vapeur et forme la pluie ;
28
Les nuages la laissent couler, Ils la répandent sur la foule des hommes.
29
Et qui comprendra le déchirement de la nuée, Le fracas de sa tente ?
30
Voici, il étend autour de lui sa lumière, Et il se cache jusque dans les profondeurs de la mer.
31
Par ces moyens il juge les peuples, Et il donne la nourriture avec abondance.
32
Il prend la lumière dans sa main, Il la dirige sur ses adversaires.
33
Il s'annonce par un grondement ; Les troupeaux pressentent son approche.

Chapitre 37

 

1


Mon coeur est tout tremblant, Il bondit hors de sa place.


2
Écoutez, écoutez le frémissement de sa voix, Le grondement qui sort de sa bouche !
3
Il le fait rouler dans toute l'étendue des cieux, Et son éclair brille jusqu'aux extrémités de la terre.
4
Puis éclate un rugissement : il tonne de sa voix majestueuse ; Il ne retient plus l'éclair, dès que sa voix retentit.
5
Dieu tonne avec sa voix d'une manière merveilleuse ; Il fait de grandes choses que nous ne comprenons pas.
6
Il dit à la neige : Tombe sur la terre ! Il le dit à la pluie, même aux plus fortes pluies.
7
Il met un sceau sur la main de tous les hommes, Afin que tous se reconnaissent comme ses créatures.
8
L'animal sauvage se retire dans une caverne, Et se couche dans sa tanière.
9
L'ouragan vient du midi, Et le froid, des vents du nord.
10
Par son souffle Dieu produit la glace, Il réduit l'espace où se répandaient les eaux.
11
Il charge de vapeurs les nuages, Il les disperse étincelants ;
12
Leurs évolutions varient selon ses desseins, Pour l'accomplissement de tout ce qu'il leur ordonne, Sur la face de la terre habitée ;
13
C'est comme une verge dont il frappe sa terre, Ou comme un signe de son amour, qu'il les fait apparaître.
14
Job, sois attentif à ces choses ! Considère encore les merveilles de Dieu !
15
Sais-tu comment Dieu les dirige, Et fait briller son nuage étincelant ?
16
Comprends-tu le balancement des nuées, Les merveilles de celui dont la science est parfaite ?
17
Sais-tu pourquoi tes vêtements sont chauds Quand la terre se repose par le vent du midi ?
18
Peux-tu comme lui étendre les cieux, Aussi solides qu'un miroir de fonte ?
19
Fais-nous connaître ce que nous devons lui dire ; Nous sommes trop ignorants pour nous adresser à lui.
20
Lui annoncera-t-on que je parlerai ? Mais quel est l'homme qui désire sa perte ?
21
On ne peut fixer le soleil qui resplendit dans les cieux, Lorsqu'un vent passe et en ramène la pureté ;
22
Le septentrion le rend éclatant comme l'or. Oh ! que la majesté de Dieu est redoutable !
23
Nous ne saurions parvenir jusqu'au Tout Puissant, Grand par la force, Par la justice, par le droit souverain : Il ne répond pas !
24
C'est pourquoi les hommes doivent le craindre ; Il ne porte les regards sur aucun sage.

Chapitre 38

 

1


L'Éternel répondit à Job du milieu de la tempête et dit :


2
Qui est celui qui obscurcit mes desseins Par des discours sans intelligence ?
3
Ceins tes reins comme un vaillant homme ; Je t'interrogerai, et tu m'instruiras.
4
Où étais-tu quand je fondais la terre ? Dis-le, si tu as de l'intelligence.
5
Qui en a fixé les dimensions, le sais-tu ? Ou qui a étendu sur elle le cordeau ?
6
Sur quoi ses bases sont-elles appuyées ? Ou qui en a posé la pierre angulaire,
7
Alors que les étoiles du matin éclataient en chants d'allégresse, Et que tous les fils de Dieu poussaient des cris de joie ?
8
Qui a fermé la mer avec des portes, Quand elle s'élança du sein maternel ;
9
Quand je fis de la nuée son vêtement, Et de l'obscurité ses langes ;
10
Quand je lui imposai ma loi, Et que je lui mis des barrières et des portes ;
11
Quand je dis : Tu viendras jusqu'ici, tu n'iras pas au delà ; Ici s'arrêtera l'orgueil de tes flots ?
12
Depuis que tu existes, as-tu commandé au matin ? As-tu montré sa place à l'aurore,
13
Pour qu'elle saisisse les extrémités de la terre, Et que les méchants en soient secoués ;
14
Pour que la terre se transforme comme l'argile qui reçoit une empreinte, Et qu'elle soit parée comme d'un vêtement ;
15
Pour que les méchants soient privés de leur lumière, Et que le bras qui se lève soit brisé ?
16
As-tu pénétré jusqu'aux sources de la mer ? T'es-tu promené dans les profondeurs de l'abîme ?
17
Les portes de la mort t'ont-elles été ouvertes ? As-tu vu les portes de l'ombre de la mort ?
18
As-tu embrassé du regard l'étendue de la terre ? Parle, si tu sais toutes ces choses.
19
Où est le chemin qui conduit au séjour de la lumière ? Et les ténèbres, où ont-elles leur demeure ?
20
Peux-tu les saisir à leur limite, Et connaître les sentiers de leur habitation ?
21
Tu le sais, car alors tu étais né, Et le nombre de tes jours est grand !
22
Es-tu parvenu jusqu'aux amas de neige ? As-tu vu les dépôts de grêle,
23
Que je tiens en réserve pour les temps de détresse, Pour les jours de guerre et de bataille ?
24
Par quel chemin la lumière se divise-t-elle, Et le vent d'orient se répand-il sur la terre ?
25
Qui a ouvert un passage à la pluie, Et tracé la route de l'éclair et du tonnerre,
26
Pour que la pluie tombe sur une terre sans habitants, Sur un désert où il n'y a point d'hommes ;
27
Pour qu'elle abreuve les lieux solitaires et arides, Et qu'elle fasse germer et sortir l'herbe ?
28
La pluie a-t-elle un père ? Qui fait naître les gouttes de la rosée ?
29
Du sein de qui sort la glace, Et qui enfante le frimas du ciel,
30
Pour que les eaux se cachent comme une pierre, Et que la surface de l'abîme soit enchaînée ?
31
Noues-tu les liens des Pléiades, Ou détaches-tu les cordages de l'Orion ?
32
Fais-tu paraître en leur temps les signes du zodiaque, Et conduis-tu la Grande Ourse avec ses petits ?
33
Connais-tu les lois du ciel ? Règles-tu son pouvoir sur la terre ?
34
Élèves-tu la voix jusqu'aux nuées, Pour appeler à toi des torrents d'eaux ?
35
Lances-tu les éclairs ? Partent-ils ? Te disent-ils : Nous voici ?
36
Qui a mis la sagesse dans le coeur, Ou qui a donné l'intelligence à l'esprit ?
37
Qui peut avec sagesse compter les nuages, Et verser les outres des cieux,
38
Pour que la poussière se mette à ruisseler, Et que les mottes de terre se collent ensemble ?
39
(39 :1) Chasses-tu la proie pour la lionne, Et apaises-tu la faim des lionceaux,
40
(39 :2) Quand ils sont couchés dans leur tanière, Quand ils sont en embuscade dans leur repaire ?
41
(39 :3) Qui prépare au corbeau sa pâture, Quand ses petits crient vers Dieu, Quand ils sont errants et affamés ?

Chapitre 39

 

1


(39 :4) Sais-tu quand les chèvres sauvages font leurs petits ? Observes-tu les biches quand elles mettent bas ?


2
(39 :5) Comptes-tu les mois pendant lesquels elles portent, Et connais-tu l'époque où elles enfantent ?
3
(39 :6) Elles se courbent, laissent échapper leur progéniture, Et sont délivrées de leurs douleurs.
4
(39 :7) Leurs petits prennent de la vigueur et grandissent en plein air, Ils s'éloignent et ne reviennent plus auprès d'elles.
5
(39 :8) Qui met en liberté l'âne sauvage, Et l'affranchit de tout lien ?
6
(39 :9) J'ai fait du désert son habitation, De la terre salée sa demeure.
7
(39 :10) Il se rit du tumulte des villes, Il n'entend pas les cris d'un maître.
8
(39 :11) Il parcourt les montagnes pour trouver sa pâture, Il est à la recherche de tout ce qui est vert.
9
(39 :12) Le buffle veut-il être à ton service ? Passe-t-il la nuit vers ta crèche ?
10
(39 :13) L'attaches-tu par une corde pour qu'il trace un sillon ? Va-t-il après toi briser les mottes des vallées ?
11
(39 :14) Te reposes-tu sur lui, parce que sa force est grande ? Lui abandonnes-tu le soin de tes travaux ?
12
(39 :15) Te fies-tu à lui pour la rentrée de ta récolte ? Est-ce lui qui doit l'amasser dans ton aire ?
13
(39 :16) L'aile de l'autruche se déploie joyeuse ; On dirait l'aile, le plumage de la cigogne.
14
(39 :17) Mais l'autruche abandonne ses oeufs à la terre, Et les fait chauffer sur la poussière ;
15
(39 :18) Elle oublie que le pied peut les écraser, Qu'une bête des champs peut les fouler.
16
(39 :19) Elle est dure envers ses petits comme s'ils n'étaient point à elle ; Elle ne s'inquiète pas de l'inutilité de son enfantement.
17
(39 :20) Car Dieu lui a refusé la sagesse, Il ne lui a pas donné l'intelligence en partage.
18
(39 :21) Quand elle se lève et prend sa course, Elle se rit du cheval et de son cavalier.
19
(39 :22) Est-ce toi qui donnes la vigueur au cheval, Et qui revêts son cou d'une crinière flottante ?
20
(39 :23) Le fais-tu bondir comme la sauterelle ? Son fier hennissement répand la terreur.
21
(39 :24) Il creuse le sol et se réjouit de sa force, Il s'élance au-devant des armes ;
22
(39 :25) Il se rit de la crainte, il n'a pas peur, Il ne recule pas en face de l'épée.
23
(39 :26) Sur lui retentit le carquois, Brillent la lance et le javelot.
24
(39 :27) Bouillonnant d'ardeur, il dévore la terre, Il ne peut se contenir au bruit de la trompette.
25
(39 :28) Quand la trompette sonne, il dit : En avant ! Et de loin il flaire la bataille, La voix tonnante des chefs et les cris de guerre.
26
(39 :29) Est-ce par ton intelligence que l'épervier prend son vol, Et qu'il étend ses ailes vers le midi ?
27
(39 :30) Est-ce par ton ordre que l'aigle s'élève, Et qu'il place son nid sur les hauteurs ?
28
(39 :31) C'est dans les rochers qu'il habite, qu'il a sa demeure, Sur la cime des rochers, sur le sommet des monts.
29
(39 :32) De là il épie sa proie, Il plonge au loin les regards.
30
(39 :33) Ses petits boivent le sang ; Et là où sont des cadavres, l'aigle se trouve.

Chapitre 40

 

1


(39 :34) L'Éternel, s'adressant à Job, dit :


2
(39 :35) Celui qui dispute contre le Tout Puissant est-il convaincu ? Celui qui conteste avec Dieu a-t-il une réplique à faire ?
3
(39 :36) Job répondit à l'Éternel et dit :
4
(39 :37) Voici, je suis trop peu de chose ; que te répliquerais-je ? Je mets la main sur ma bouche.
5
(39 :38) J'ai parlé une fois, je ne répondrai plus ; Deux fois, je n'ajouterai rien.
6
(40 :1) L'Éternel répondit à Job du milieu de la tempête et dit :
7
(40 :2) Ceins tes reins comme un vaillant homme ; Je t'interrogerai, et tu m'instruiras.
8
(40 :3) Anéantiras-tu jusqu'à ma justice ? Me condamneras-tu pour te donner droit ?
9
(40 :4) As-tu un bras comme celui de Dieu, Une voix tonnante comme la sienne ?
10
(40 :5) Orne-toi de magnificence et de grandeur, Revêts-toi de splendeur et de gloire !
11
(40 :6) Répands les flots de ta colère, Et d'un regard abaisse les hautains !
12
(40 :7) D'un regard humilie les hautains, Écrase sur place les méchants,
13
(40 :8) Cache-les tous ensemble dans la poussière, Enferme leur front dans les ténèbres !
14
(40 :9) Alors je rends hommage A la puissance de ta droite.
15
(40 :10) Voici l'hippopotame, à qui j'ai donné la vie comme à toi ! Il mange de l'herbe comme le boeuf.
16
(40 :11) Le voici ! Sa force est dans ses reins, Et sa vigueur dans les muscles de son ventre ;
17
(40 :12) Il plie sa queue aussi ferme qu'un cèdre ; Les nerfs de ses cuisses sont entrelacés ;
18
(40 :13) Ses os sont des tubes d'airain, Ses membres sont comme des barres de fer.
19
(40 :14) Il est la première des oeuvres de Dieu ; Celui qui l'a fait l'a pourvu d'un glaive.
20
(40 :15) Il trouve sa pâture dans les montagnes, Où se jouent toutes les bêtes des champs.
21
(40 :16) Il se couche sous les lotus, Au milieu des roseaux et des marécages ;
22
(40 :17) Les lotus le couvrent de leur ombre, Les saules du torrent l'environnent.
23
(40 :18) Que le fleuve vienne à déborder, il ne s'enfuit pas : Que le Jourdain se précipite dans sa gueule, il reste calme.
24
(40 :19) Est-ce à force ouverte qu'on pourra le saisir ? Est-ce au moyen de filets qu'on lui percera le nez ?

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