Livre de Job (5 / 9)



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Chapitre 21

 

1


Job prit la parole et dit :


2
Écoutez, écoutez mes paroles, Donnez-moi seulement cette consolation.
3
Laissez-moi parler, je vous prie ; Et, quand j'aurai parlé, tu pourras te moquer.
4
Est-ce contre un homme que se dirige ma plainte ? Et pourquoi mon âme ne serait-elle pas impatiente ?
5
Regardez-moi, soyez étonnés, Et mettez la main sur la bouche.
6
Quand j'y pense, cela m'épouvante, Et un tremblement saisit mon corps.
7
Pourquoi les méchants vivent-ils ? Pourquoi les voit-on vieillir et accroître leur force ?
8
Leur postérité s'affermit avec eux et en leur présence, Leurs rejetons prospèrent sous leurs yeux.
9
Dans leurs maisons règne la paix, sans mélange de crainte ; La verge de Dieu ne vient pas les frapper.
10
Leurs taureaux sont vigoureux et féconds, Leurs génisses conçoivent et n'avortent point.
11
Ils laissent courir leurs enfants comme des brebis, Et les enfants prennent leurs ébats.
12
Ils chantent au son du tambourin et de la harpe, Ils se réjouissent au son du chalumeau.
13
Ils passent leurs jours dans le bonheur, Et ils descendent en un instant au séjour des morts.
14
Ils disaient pourtant à Dieu : Retire-toi de nous ; Nous ne voulons pas connaître tes voies.
15
Qu'est-ce que le Tout Puissant, pour que nous le servions ? Que gagnerions-nous à lui adresser nos prières ?
16
Quoi donc ! ne sont-ils pas en possession du bonheur ? -Loin de moi le conseil des méchants !
17
Mais arrive-t-il souvent que leur lampe s'éteigne, Que la misère fonde sur eux, Que Dieu leur distribue leur part dans sa colère,
18
Qu'ils soient comme la paille emportée par le vent, Comme la balle enlevée par le tourbillon ?
19
Est-ce pour les fils que Dieu réserve le châtiment du père ? Mais c'est lui que Dieu devrait punir, pour qu'il le sente ;
20
C'est lui qui devrait contempler sa propre ruine, C'est lui qui devrait boire la colère du Tout Puissant.
21
Car, que lui importe sa maison après lui, Quand le nombre de ses mois est achevé ?
22
Est-ce à Dieu qu'on donnera de la science, A lui qui gouverne les esprits célestes ?
23
L'un meurt au sein du bien-être, De la paix et du bonheur,
24
Les flancs chargés de graisse Et la moelle des os remplie de sève ;
25
L'autre meurt, l'amertume dans l'âme, Sans avoir joui d'aucun bien.
26
Et tous deux se couchent dans la poussière, Tous deux deviennent la pâture des vers.
27
Je sais bien quelles sont vos pensées, Quels jugements iniques vous portez sur moi.
28
Vous dites : Où est la maison de l'homme puissant ? Où est la tente qu'habitaient les impies ?
29
Mais quoi ! n'avez-vous point interrogé les voyageurs, Et voulez-vous méconnaître ce qu'ils prouvent ?
30
Au jour du malheur, le méchant est épargné ; Au jour de la colère, il échappe.
31
Qui lui reproche en face sa conduite ? Qui lui rend ce qu'il a fait ?
32
Il est porté dans un sépulcre, Et il veille encore sur sa tombe.
33
Les mottes de la vallée lui sont légères ; Et tous après lui suivront la même voie, Comme une multitude l'a déjà suivie.
34
Pourquoi donc m'offrir de vaines consolations ? Ce qui reste de vos réponses n'est que perfidie.

Chapitre 22

 

1


Éliphaz de Théman prit la parole et dit :


2
Un homme peut-il être utile à Dieu ? Non ; le sage n'est utile qu'à lui-même.
3
Si tu es juste, est-ce à l'avantage du Tout Puissant ? Si tu es intègre dans tes voies, qu'y gagne-t-il ?
4
Est-ce par crainte de toi qu'il te châtie, Qu'il entre en jugement avec toi ?
5
Ta méchanceté n'est-elle pas grande ? Tes iniquités ne sont-elles pas infinies ?
6
Tu enlevais sans motif des gages à tes frères, Tu privais de leurs vêtements ceux qui étaient nus ;
7
Tu ne donnais point d'eau à l'homme altéré, Tu refusais du pain à l'homme affamé.
8
Le pays était au plus fort, Et le puissant s'y établissait.
9
Tu renvoyais les veuves à vide ; Les bras des orphelins étaient brisés.
10
C'est pour cela que tu es entouré de pièges, Et que la terreur t'a saisi tout à coup.
11
Ne vois-tu donc pas ces ténèbres, Ces eaux débordées qui t'envahissent ?
12
Dieu n'est-il pas en haut dans les cieux ? Regarde le sommet des étoiles, comme il est élevé !
13
Et tu dis : Qu'est-ce que Dieu sait ? Peut-il juger à travers l'obscurité ?
14
Les nuées l'enveloppent, et il ne voit rien ; Il ne parcourt que la voûte des cieux.
15
Eh quoi ! tu voudrais prendre l'ancienne route Qu'ont suivie les hommes d'iniquité ?
16
Ils ont été emportés avant le temps, Ils ont eu la durée d'un torrent qui s'écoule.
17
Ils disaient à Dieu : Retire-toi de nous ; Que peut faire pour nous le Tout Puissant ?
18
Dieu cependant avait rempli de biens leurs maisons. -Loin de moi le conseil des méchants !
19
Les justes, témoins de leur chute, se réjouiront, Et l'innocent se moquera d'eux :
20
Voilà nos adversaires anéantis ! Voilà leurs richesses dévorées par le feu !
21
Attache-toi donc à Dieu, et tu auras la paix ; Tu jouiras ainsi du bonheur.
22
Reçois de sa bouche l'instruction, Et mets dans ton coeur ses paroles.
23
Tu seras rétabli, si tu reviens au Tout Puissant, Si tu éloignes l'iniquité de ta tente.
24
Jette l'or dans la poussière, L'or d'Ophir parmi les cailloux des torrents ;
25
Et le Tout Puissant sera ton or, Ton argent, ta richesse.
26
Alors tu feras du Tout Puissant tes délices, Tu élèveras vers Dieu ta face ;
27
Tu le prieras, et il t'exaucera, Et tu accompliras tes voeux.
28
A tes résolutions répondra le succès ; Sur tes sentiers brillera la lumière.
29
Vienne l'humiliation, tu prieras pour ton relèvement : Dieu secourt celui dont le regard est abattu.
30
Il délivrera même le coupable, Qui devra son salut à la pureté de tes mains.

Chapitre 23

 

1


Job prit la parole et dit :


2
Maintenant encore ma plainte est une révolte, Mais la souffrance étouffe mes soupirs.
3
Oh ! si je savais où le trouver, Si je pouvais arriver jusqu'à son trône,
4
Je plaiderais ma cause devant lui, Je remplirais ma bouche d'arguments,
5
Je connaîtrais ce qu'il peut avoir à répondre, Je verrais ce qu'il peut avoir à me dire.
6
Emploierait-il toute sa force à me combattre ? Ne daignerait-il pas au moins m'écouter ?
7
Ce serait un homme droit qui plaiderait avec lui, Et je serais pour toujours absous par mon juge.
8
Mais, si je vais à l'orient, il n'y est pas ; Si je vais à l'occident, je ne le trouve pas ;
9
Est-il occupé au nord, je ne puis le voir ; Se cache-t-il au midi, je ne puis le découvrir.
10
Il sait néanmoins quelle voie j'ai suivie ; Et, s'il m'éprouvait, je sortirais pur comme l'or.
11
Mon pied s'est attaché à ses pas ; J'ai gardé sa voie, et je ne m'en suis point détourné.
12
Je n'ai pas abandonné les commandements de ses lèvres ; J'ai fait plier ma volonté aux paroles de sa bouche.
13
Mais sa résolution est arrêtée ; qui s'y opposera ? Ce que son âme désire, il l'exécute.
14
Il accomplira donc ses desseins à mon égard, Et il en concevra bien d'autres encore.
15
Voilà pourquoi sa présence m'épouvante ; Quand j'y pense, j'ai peur de lui.
16
Dieu a brisé mon courage, Le Tout Puissant m'a rempli d'effroi.
17
Car ce ne sont pas les ténèbres qui m'anéantissent, Ce n'est pas l'obscurité dont je suis couvert.

Chapitre 24

 

1


Pourquoi le Tout Puissant ne met-il pas des temps en réserve, Et pourquoi ceux qui le connaissent ne voient-ils pas ses jours ?


2
On déplace les bornes, On vole des troupeaux, et on les fait paître ;
3
On enlève l'âne de l'orphelin, On prend pour gage le boeuf de la veuve ;
4
On repousse du chemin les indigents, On force tous les malheureux du pays à se cacher.
5
Et voici, comme les ânes sauvages du désert, Ils sortent le matin pour chercher de la nourriture, Ils n'ont que le désert pour trouver le pain de leurs enfants ;
6
Ils coupent le fourrage qui reste dans les champs, Ils grappillent dans la vigne de l'impie ;
7
Ils passent la nuit dans la nudité, sans vêtement, Sans couverture contre le froid ;
8
Ils sont percés par la pluie des montagnes, Et ils embrassent les rochers comme unique refuge.
9
On arrache l'orphelin à la mamelle, On prend des gages sur le pauvre.
10
Ils vont tout nus, sans vêtement, Ils sont affamés, et ils portent les gerbes ;
11
Dans les enclos de l'impie ils font de l'huile, Ils foulent le pressoir, et ils ont soif ;
12
Dans les villes s'exhalent les soupirs des mourants, L'âme des blessés jette des cris... Et Dieu ne prend pas garde à ces infamies !
13
D'autres sont ennemis de la lumière, Ils n'en connaissent pas les voies, Ils n'en pratiquent pas les sentiers.
14
L'assassin se lève au point du jour, Tue le pauvre et l'indigent, Et il dérobe pendant la nuit.
15
L'oeil de l'adultère épie le crépuscule ; Personne ne me verra, dit-il, Et il met un voile sur sa figure.
16
La nuit ils forcent les maisons, Le jour ils se tiennent enfermés ; Ils ne connaissent pas la lumière.
17
Pour eux, le matin c'est l'ombre de la mort, Ils en éprouvent toutes les terreurs.
18
Eh quoi ! l'impie est d'un poids léger sur la face des eaux, Il n'a sur la terre qu'une part maudite, Il ne prend jamais le chemin des vignes !
19
Comme la sécheresse et la chaleur absorbent les eaux de la neige, Ainsi le séjour des morts engloutit ceux qui pèchent !
20
Quoi ! le sein maternel l'oublie, Les vers en font leurs délices, On ne se souvient plus de lui ! L'impie est brisé comme un arbre,
21
Lui qui dépouille la femme stérile et sans enfants, Lui qui ne répand aucun bienfait sur la veuve !...
22
Non ! Dieu par sa force prolonge les jours des violents, Et les voilà debout quand ils désespéraient de la vie ;
23
Il leur donne de la sécurité et de la confiance, Il a les regards sur leurs voies.
24
Ils se sont élevés ; et en un instant ils ne sont plus, Ils tombent, ils meurent comme tous les hommes, Ils sont coupés comme la tête des épis.
25
S'il n'en est pas ainsi, qui me démentira, Qui réduira mes paroles à néant ?

Chapitre 25

 

1


Bildad de Schuach prit la parole et dit :


2
La puissance et la terreur appartiennent à Dieu ; Il fait régner la paix dans ses hautes régions.
3
Ses armées ne sont-elles pas innombrables ? Sur qui sa lumière ne se lève-t-elle pas ?
4
Comment l'homme serait-il juste devant Dieu ? Comment celui qui est né de la femme serait-il pur ?
5
Voici, la lune même n'est pas brillante, Et les étoiles ne sont pas pures à ses yeux ;
6
Combien moins l'homme, qui n'est qu'un ver, Le fils de l'homme, qui n'est qu'un vermisseau !

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