Livre de Job (3 / 9)



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Chapitre 11

 

1


Tsophar de Naama prit la parole et dit :


2
Cette multitude de paroles ne trouvera-t-elle point de réponse, Et suffira-t-il d'être un discoureur pour avoir raison ?
3
Tes vains propos feront-ils taire les gens ? Te moqueras-tu, sans que personne te confonde ?
4
Tu dis : Ma manière de voir est juste, Et je suis pur à tes yeux.
5
Oh ! si Dieu voulait parler, S'il ouvrait les lèvres pour te répondre,
6
Et s'il te révélait les secrets de sa sagesse, De son immense sagesse, Tu verrais alors qu'il ne te traite pas selon ton iniquité.
7
Prétends-tu sonder les pensées de Dieu, Parvenir à la connaissance parfaite du Tout Puissant ?
8
Elle est aussi haute que les cieux : que feras-tu ? Plus profonde que le séjour des morts : que sauras-tu ?
9
La mesure en est plus longue que la terre, Elle est plus large que la mer.
10
S'il passe, s'il saisit, S'il traîne à son tribunal, qui s'y opposera ?
11
Car il connaît les vicieux, Il voit facilement les coupables.
12
L'homme, au contraire, a l'intelligence d'un fou, Il est né comme le petit d'un âne sauvage.
13
Pour toi, dirige ton coeur vers Dieu, Étends vers lui tes mains,
14
Éloigne-toi de l'iniquité, Et ne laisse pas habiter l'injustice sous ta tente.
15
Alors tu lèveras ton front sans tache, Tu seras ferme et sans crainte ;
16
Tu oublieras tes souffrances, Tu t'en souviendras comme des eaux écoulées.
17
Tes jours auront plus d'éclat que le soleil à son midi, Tes ténèbres seront comme la lumière du matin,
18
Tu seras plein de confiance, et ton attente ne sera plus vaine ; Tu regarderas autour de toi, et tu reposeras en sûreté.
19
Tu te coucheras sans que personne ne trouble, Et plusieurs caresseront ton visage.
20
Mais les yeux des méchants seront consumés ; Pour eux point de refuge ; La mort, voilà leur espérance !

Chapitre 12

 

1


Job prit la parole et dit :


2
On dirait, en vérité, que le genre humain c'est vous, Et qu'avec vous doit mourir la sagesse.
3
J'ai tout aussi bien que vous de l'intelligence, moi, Je ne vous suis point inférieur ; Et qui ne sait les choses que vous dites ?
4
Je suis pour mes amis un objet de raillerie, Quand j'implore le secours de Dieu ; Le juste, l'innocent, un objet de raillerie !
5
Au malheur le mépris ! c'est la devise des heureux ; A celui dont le pied chancelle est réservé le mépris.
6
Il y a paix sous la tente des pillards, Sécurité pour ceux qui offensent Dieu, Pour quiconque se fait un dieu de sa force.
7
Interroge les bêtes, elles t'instruiront, Les oiseaux du ciel, ils te l'apprendront ;
8
Parle à la terre, elle t'instruira ; Et les poissons de la mer te le raconteront.
9
Qui ne reconnaît chez eux la preuve Que la main de l'Éternel a fait toutes choses ?
10
Il tient dans sa main l'âme de tout ce qui vit, Le souffle de toute chair d'homme.
11
L'oreille ne discerne-t-elle pas les paroles, Comme le palais savoure les aliments ?
12
Dans les vieillards se trouve la sagesse, Et dans une longue vie l'intelligence.
13
En Dieu résident la sagesse et la puissance. Le conseil et l'intelligence lui appartiennent.
14
Ce qu'il renverse ne sera point rebâti, Celui qu'il enferme ne sera point délivré.
15
Il retient les eaux et tout se dessèche ; Il les lâche, et la terre en est dévastée.
16
Il possède la force et la prudence ; Il maîtrise celui qui s'égare ou fait égarer les autres.
17
Il emmène captifs les conseillers ; Il trouble la raison des juges.
18
Il délie la ceinture des rois, Il met une corde autour de leurs reins.
19
Il emmène captifs les sacrificateurs ; Il fait tomber les puissants.
20
Il ôte la parole à ceux qui ont de l'assurance ; Il prive de jugement les vieillards.
21
Il verse le mépris sur les grands ; Il relâche la ceinture des forts.
22
Il met à découvert ce qui est caché dans les ténèbres, Il produit à la lumière l'ombre de la mort.
23
Il donne de l'accroissement aux nations, et il les anéantit ; Il les étend au loin, et il les ramène dans leurs limites.
24
Il enlève l'intelligence aux chefs des peuples, Il les fait errer dans les déserts sans chemin ;
25
Ils tâtonnent dans les ténèbres, et ne voient pas clair ; Il les fait errer comme des gens ivres.

Chapitre 13

 

1


Voici, mon oeil a vu tout cela, Mon oreille l'a entendu et y a pris garde.


2
Ce que vous savez, je le sais aussi, Je ne vous suis point inférieur.
3
Mais je veux parler au Tout Puissant, Je veux plaider ma cause devant Dieu ;
4
Car vous, vous n'imaginez que des faussetés, Vous êtes tous des médecins de néant.
5
Que n'avez-vous gardé le silence ? Vous auriez passé pour avoir de la sagesse.
6
Écoutez, je vous prie, ma défense, Et soyez attentifs à la réplique de mes lèvres.
7
Direz-vous en faveur de Dieu ce qui est injuste, Et pour le soutenir alléguerez-vous des faussetés ?
8
Voulez-vous avoir égard à sa personne ? Voulez-vous plaider pour Dieu ?
9
S'il vous sonde, vous approuvera-t-il ? Ou le tromperez-vous comme on trompe un homme ?
10
Certainement il vous condamnera, Si vous n'agissez en secret que par égard pour sa personne.
11
Sa majesté ne vous épouvantera-t-elle pas ? Sa terreur ne tombera-t-elle pas sur vous ?
12
Vos sentences sont des sentences de cendre, Vos retranchements sont des retranchements de boue.
13
Taisez-vous, laissez-moi, je veux parler ! Il m'en arrivera ce qu'il pourra.
14
Pourquoi saisirais-je ma chair entre les dents ? J'exposerai plutôt ma vie.
15
Voici, il me tuera ; je n'ai rien à espérer ; Mais devant lui je défendrai ma conduite.
16
Cela même peut servir à mon salut, Car un impie n'ose paraître en sa présence.
17
Écoutez, écoutez mes paroles, Prêtez l'oreille à ce que je vais dire.
18
Me voici prêt à plaider ma cause ; Je sais que j'ai raison.
19
Quelqu'un disputera-t-il contre moi ? Alors je me tais, et je veux mourir.
20
Seulement, accorde-moi deux choses Et je ne me cacherai pas de loin de ta face :
21
Retire ta main de dessus moi, Et que tes terreurs ne me troublent plus.
22
Puis appelle, et je répondrai, Ou si je parle, réponds-moi !
23
Quel est le nombre de mes iniquités et de mes péchés ? Fais-moi connaître mes transgressions et mes péchés.
24
Pourquoi caches-tu ton visage, Et me prends-tu pour ton ennemi ?
25
Veux-tu frapper une feuille agitée ? Veux-tu poursuivre une paille desséchée ?
26
Pourquoi m'infliger d'amères souffrances, Me punir pour des fautes de jeunesse ?
27
Pourquoi mettre mes pieds dans les ceps, Surveiller tous mes mouvements, Tracer une limite à mes pas,
28
Quand mon corps tombe en pourriture, Comme un vêtement que dévore la teigne ?

Chapitre 14

 

1


L'homme né de la femme ! Sa vie est courte, sans cesse agitée.


2
Il naît, il est coupé comme une fleur ; Il fuit et disparaît comme une ombre.
3
Et c'est sur lui que tu as l'oeil ouvert ! Et tu me fais aller en justice avec toi !
4
Comment d'un être souillé sortira-t-il un homme pur ? Il n'en peut sortir aucun.
5
Si ses jours sont fixés, si tu as compté ses mois, Si tu en as marqué le terme qu'il ne saurait franchir,
6
Détourne de lui les regards, et donne-lui du relâche, Pour qu'il ait au moins la joie du mercenaire à la fin de sa journée.
7
Un arbre a de l'espérance : Quand on le coupe, il repousse, Il produit encore des rejetons ;
8
Quand sa racine a vieilli dans la terre, Quand son tronc meurt dans la poussière,
9
Il reverdit à l'approche de l'eau, Il pousse des branches comme une jeune plante.
10
Mais l'homme meurt, et il perd sa force ; L'homme expire, et où est-il ?
11
Les eaux des lacs s'évanouissent, Les fleuves tarissent et se dessèchent ;
12
Ainsi l'homme se couche et ne se relèvera plus, Il ne se réveillera pas tant que les cieux subsisteront, Il ne sortira pas de son sommeil.
13
Oh ! si tu voulais me cacher dans le séjour des morts, M'y tenir à couvert jusqu'à ce que ta colère fût passée, Et me fixer un terme auquel tu te souviendras de moi !
14
Si l'homme une fois mort pouvait revivre, J'aurais de l'espoir tout le temps de mes souffrances, Jusqu'à ce que mon état vînt à changer.
15
Tu appellerais alors, et je te répondrais, Tu languirais après l'ouvrage de tes mains.
16
Mais aujourd'hui tu comptes mes pas, Tu as l'oeil sur mes péchés ;
17
Mes transgressions sont scellées en un faisceau, Et tu imagines des iniquités à ma charge.
18
La montagne s'écroule et périt, Le rocher disparaît de sa place,
19
La pierre est broyée par les eaux, Et la terre emportée par leur courant ; Ainsi tu détruis l'espérance de l'homme.
20
Tu es sans cesse à l'assaillir, et il s'en va ; Tu le défigures, puis tu le renvoies.
21
Que ses fils soient honorés, il n'en sait rien ; Qu'ils soient dans l'abaissement, il l'ignore.
22
C'est pour lui seul qu'il éprouve de la douleur en son corps, C'est pour lui seul qu'il ressent de la tristesse en son âme.

Chapitre 15

 

1


Éliphaz de Théman prit la parole et dit :


2
Le sage répond-il par un vain savoir ? Se gonfle-t-il la poitrine du vent d'orient ?
3
Est-ce par d'inutiles propos qu'il se défend ? Est-ce par des discours qui ne servent à rien ?
4
Toi, tu détruis même la crainte de Dieu, Tu anéantis tout mouvement de piété devant Dieu.
5
Ton iniquité dirige ta bouche, Et tu prends le langage des hommes rusés.
6
Ce n'est pas moi, c'est ta bouche qui te condamne. Ce sont tes lèvres qui déposent contre toi.
7
Es-tu né le premier des hommes ? As-tu été enfanté avant les collines ?
8
As-tu reçu les confidences de Dieu ? As-tu dérobé la sagesse à ton profit ?
9
Que sais-tu que nous ne sachions pas ? Quelle connaissance as-tu que nous n'ayons pas ?
10
Il y a parmi nous des cheveux blancs, des vieillards, Plus riches de jours que ton père.
11
Tiens-tu pour peu de chose les consolations de Dieu, Et les paroles qui doucement se font entendre à toi ?...
12
Où ton coeur t'entraîne-t-il, Et que signifie ce roulement de tes yeux ?
13
Quoi ! c'est contre Dieu que tu tournes ta colère Et que ta bouche exhale de pareils discours !
14
Qu'est-ce que l'homme, pour qu'il soit pur ? Celui qui est né de la femme peut-il être juste ?
15
Si Dieu n'a pas confiance en ses saints, Si les cieux ne sont pas purs devant lui,
16
Combien moins l'être abominable et pervers, L'homme qui boit l'iniquité comme l'eau !
17
Je vais te parler, écoute-moi ! Je raconterai ce que j'ai vu,
18
Ce que les sages ont fait connaître, Ce qu'ils ont révélé, l'ayant appris de leurs pères.
19
A eux seuls appartenait le pays, Et parmi eux nul étranger n'était encore venu.
20
Le méchant passe dans l'angoisse tous les jours de sa vie, Toutes les années qui sont le partage de l'impie.
21
La voix de la terreur retentit à ses oreilles ; Au sein de la paix, le dévastateur va fondre sur lui ;
22
Il n'espère pas échapper aux ténèbres, Il voit l'épée qui le menace ;
23
Il court çà et là pour chercher du pain, Il sait que le jour des ténèbres l'attend.
24
La détresse et l'angoisse l'épouvantent, Elles l'assaillent comme un roi prêt à combattre ;
25
Car il a levé la main contre Dieu, Il a bravé le Tout Puissant,
26
Il a eu l'audace de courir à lui Sous le dos épais de ses boucliers.
27
Il avait le visage couvert de graisse, Les flancs chargés d'embonpoint ;
28
Et il habite des villes détruites, Des maisons abandonnées, Sur le point de tomber en ruines.
29
Il ne s'enrichira plus, sa fortune ne se relèvera pas, Sa prospérité ne s'étendra plus sur la terre.
30
Il ne pourra se dérober aux ténèbres, La flamme consumera ses rejetons, Et Dieu le fera périr par le souffle de sa bouche.
31
S'il a confiance dans le mal, il se trompe, Car le mal sera sa récompense.
32
Elle arrivera avant le terme de ses jours, Et son rameau ne verdira plus.
33
Il sera comme une vigne dépouillée de ses fruits encore verts, Comme un olivier dont on a fait tomber les fleurs.
34
La maison de l'impie deviendra stérile, Et le feu dévorera la tente de l'homme corrompu.
35
Il conçoit le mal et il enfante le mal, Il mûrit dans son sein des fruits qui le trompent.

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